Revitalisation du centre-ville : l'intelligence collective en action
- il y a 1 jour
- 7 min de lecture

En 2050, près de 75 à 80 % de la population européenne devrait résider en zone urbaine.Pourtant, partout en France comme en Belgique, les centres-villes peinent à rester attractifs : cellules commerciales vides, friches en déshérence, usages fragmentés, décisions à prendre dans un contexte d'incertitude croissante. Comment inverser cette tendance durablement et avec qui ?
C'est la question qu'ont mise au cœur d'un webinaire Cap Collectif et UPcity, bureau belge spécialisé dans la stratégie d'attractivité et le développement territorial. Deux praticiens de terrain y ont apporté leur réponse : Thomas Larielle, chargé de la dynamique urbaine à la Ville de Gembloux, en Wallonie, et Basile Dunand, maire des Contamines-Montjoie, en Haute-Savoie.
Leur point commun : avoir mis l'intelligence collective au cœur de leur démarche de revitalisation du centre-ville. Leur retour d'expérience illustre que c’est une méthode qui produit de la donnée, légitime les décisions et accélère leur mise en œuvre.
Pourquoi les centres-villes sont sous pression ?
Comprendre les mutations en cours, c'est la première condition pour y répondre. La population des villes vieillit, se polarise socialement et se diversifie dans ses profils et ses attentes. Les seniors recherchent de la proximité, de la sociabilité et du confort d'accès. Les jeunes générations attendent de l'expérience, du lien, du phygital (désigne la combinaison des mondes physique et numérique). Les familles monoparentales, les travailleurs et travailleuses hybrides, les étudiant·es ont des usages urbains radicalement différents et toutes et tous cohabitent.
Le commerce physique est en première ligne de ces transformations. Il subit la pression de l'e-commerce et des zones commerciales périphériques, mais son rôle va bien au-delà de la vente.
Selon le projet EXCOM, mission française d'objectivation des externalités positives du commerce, les commerces ont une forte capacité à générer du lien social, entretenir la convivialité et faire vivre les micro-communautés urbaines. Supprimer un commerce de centre-ville, c'est aussi supprimer un lieu de vie sociale.
À cela s'ajoutent des contraintes réglementaires qui poussent les collectivités à densifier plutôt qu'à étendre leur emprise foncière : la loi Climat et Résilience et l'objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN) en France, le Schéma de Développement du Territoire en Wallonie. La revitalisation du centre-ville n'est pas une option politique, c'est une nécessité structurelle.
Les 3 piliers d'une stratégie d'attractivité territoriale efficace
Face à cette complexité, Dylan Baras, expert en attractivité territoriale et project manager chez UPcity, défend une conviction forgée sur plusieurs dizaines de schémas de développement commercial accompagnés en Belgique et à l'international : les stratégies d'attractivité territoriale les plus efficaces reposent toujours sur trois piliers simultanément.
La connaissance objective du territoire.
Avant toute décision, il faut une lecture fine de ce qui se passe réellement sur le terrain : données de flux piétons, taux de cellules commerciales vides, profils des usagères et usagers, attentes des habitant·es et des commerçant·es.
La mobilisation des forces vives locales.
Citoyens et citoyennes, commerçant·es, institutions : aucune stratégie de revitalisation ne tient dans la durée si elle est construite sans celles et ceux qui vivent et travaillent dans le territoire. La participation citoyenne n'est pas qu'une obligation de concertation, c'est un outil de production de données de qualité qui enrichit l'expertise technique et renforce la légitimité des arbitrages politiques.
Une vision transversale et de long terme.
Commerce, logement, services de santé, mobilité, culture, loisir : la revitalisation du centre-ville ne se réduit pas à une seule fonction. Elle se pilote sur des années, avec une cohérence entre les différentes composantes du territoire.
Retour d'expérience : Gembloux, co-construire un schéma commercial jusqu'à en faire une référence régionale
Thomas Larielle coordonne la dynamique urbaine à la Ville de Gembloux depuis plusieurs années, avec un périmètre qui couvre le commerce, les animations et le développement urbain.
Entre 2019 et 2023, il a conduit avec UPcity la réalisation et les mises à jour du Schéma Communal de Développement Commercial (SCDC) de la ville.
Ce schéma a été co-construit avec les citoyens et citoyennes, les commerçant·es et les forces vives locales : plus de 1 100 enquêtes collectées auprès des habitant·es : en ligne, par téléphone et en face-à-face. Ces enquêtes avaient pour objectif de récolter leurs attentes et leur satisfaction vis-à-vis de l'offre commerciale. Des entretiens semi-directifs ont été conduits auprès des commerçant·es et des institutions, et des ateliers participatifs ont été organisés. Le résultat est concret : le SCDC de Gembloux est l'un des rares schémas définitivement adoptés par la Région wallonne, au point d'être cité comme référence en la matière.
Mais la revitalisation du centre-ville ne s'arrête pas à un document stratégique. En 2022, une nouvelle enquête de notoriété et un atelier participatif ont alimenté la construction d'une identité territoriale et d'une stratégie de marketing commercial pour le centre-ville.
En 2024-2025, deux plaquettes promotionnelles ont été réalisées : l'une destinée aux porteurs et porteuses de projets souhaitant s'installer en centre-ville, l'autre aux banques pour argumenter sur les atouts du territoire en vue de financements. La donnée citoyenne collectée en phase de diagnostic s'est ainsi transformée, étape par étape, en outil de
développement économique concret.
Ce que retient Thomas Larielle de cette expérience : la participation citoyenne ne ralentit pas les projets, elle les solidifie. Les décisions prises sur la base de données collectées collectivement sont plus robustes politiquement et mieux acceptées par celles et ceux qui vivent dans le territoire.
Retour d'expérience : Les Contamines-Montjoie, 850 participant·es dans un village de 1 200 habitant·es
Les Contamines-Montjoie, 1 200 habitant·es au cœur des Alpes haut-savoyardes, présente un profil très différent. Station de ski fortement dépendante de la neige, la commune doit anticiper une transition de modèle sous la pression du changement climatique. Un projet de réhabilitation de son centre-village était sur la table depuis plus de 50 ans, relancé, bloqué, puis…relancé à nouveau.
Élu maire en mars 2026, Basile Dunand en a fait l'un des premiers chantiers de son mandat. Sa méthode : partir de l'écoute avant de partir de la décision. En mai 2026, il lance une concertation en ligne via la plateforme Cap Collectif : un questionnaire et des ateliers tables rondes.

Le bilan, un mois plus tard, dépasse toutes les attentes : 820 répondant·es en ligne, complété·es par des retours sur support papier, pour un total de 850 participant·es. Les ateliers en présentiel réunissent 80 personnes à chaque session, un niveau inédit pour une commune de cette taille. Rapporté à une population de 1 200 habitant·es, c'est un taux de participation d'environ 70 %.
Pour Emmeline Aupiais, responsable du pôle conseil chez Cap Collectif et animatrice du webinaire, c'est un résultat hors norme : "On estime qu'entre 2,5 et 5 % de participation, c'est un projet réussi. [Les Contamines-Montjoie] ont vraiment explosé les scores."
Basile Dunand décrit la plateforme comme "extrêmement complète, techniquement". Ce qui le marque, au-delà des chiffres, c'est la qualité du dialogue que l'outil rend possible : il permet de répondre ensuite à chaque contribution, d'expliquer pourquoi telle idée est retenue ou non. "C'est aussi de la pédagogie", dit-il, une manière de transformer la participation en apprentissage mutuel entre élu·es et habitant·es.
Lors du webinaire, une question de fond lui est posée : d'où vient la volonté politique nécessaire à une telle démarche ? Sa réponse est directe. Il reconnaît que la démocratie participative est souvent perçue par les élu·es comme "compliquée à mettre en place" et "sans doute inopérante". Lui voit les choses à l'envers : "Elle permet justement d'être plus efficace." Elle ne s'oppose pas aux démarches administratives, elle peut se mener en parallèle, sans perte de temps.
Et pour les habitant·es ? "Ça élève vraiment tout le monde vers le haut. Les habitant·es, ça leur apporte une culture politique, ils apprennent plein de choses sur comment on gère un territoire, une ville ou un village."
Les résultats de cette consultation vont alimenter un cahier des charges pour lancer un appel d'offres public en septembre 2026. Et la commune prévoit d'ores et déjà de réutiliser la plateforme pour un autre enjeu stratégique : la remise en concurrence de la délégation de service public des remontées mécaniques, dans un contexte de transition climatique où la dépendance au ski est à réinterroger collectivement.
Ce que ces retours d'expérience enseignent
Gembloux et Les Contamines-Montjoie ont des profils très différents : l'une est une commune wallonne avec un tissu commercial établi, l'autre un petit village alpin en pleine mutation de modèle. Mais leurs expériences convergent vers les mêmes enseignements.
La participation citoyenne, bien outillée, produit de la donnée de qualité. À Gembloux, plus de 1 100 enquêtes ont alimenté un schéma commercial adopté par la Région wallonne. Aux Contamines-Montjoie, 850 contributions vont directement nourrir un appel d'offres public.
Dans les deux cas, la parole des habitant·es est devenue une ressource stratégique.
Le numérique démultiplie la portée sans remplacer le terrain. Les 820 réponses en ligne aux Contamines-Montjoie se sont combinées à 80 participant·es par atelier en présentiel. Les deux modalités se renforcent mutuellement.
La volonté politique est nécessaire et elle se construit aussi par l'expérience des résultats.Comme le résument les conclusions du webinaire : "Les stratégies co-construites sont plus robustes et plus pérennes." Une décision portée par la donnée citoyenne est mieux acceptée : par la population, par les partenaires institutionnels, par les investisseurs et investisseuses. C'est ce que Gembloux a démontré auprès de la Région wallonne, et ce que
Les Contamines-Montjoie est en train de construire avec son appel d'offres.
En résumé : 3 piliers pour une revitalisation du centre-ville durable
Connaissance objective du territoire : données commerciales, flux, enquêtes auprès des habitant·es et des commerçant·es. Aucune stratégie d'attractivité territoriale ne tient sans une lecture fine de la réalité du terrain.
Intelligence collective : mobiliser les forces vives locales. La participation citoyenne produit de la donnée, légitime les décisions et en favorise l'acceptation.
Vision transversale et long terme : logement, commerce, mobilité, services, culture : la revitalisation du centre-ville ne se réduit pas à une seule fonction. Elle se pilote dans la durée, avec une cohérence entre toutes les composantes du territoire.
Les territoires qui co-construisent décident mieux. Et le vôtre ?
UPcity et Cap Collectif associent leurs expertises au service des collectivités souhaitant transformer leur centre-ville par l'intelligence collective.
UPcity apporte l'expertise territoriale, le diagnostic stratégique et l'accompagnement opérationnel. Cap Collectif apporte la méthodologie d'intelligence collective et les outils numériques de participation citoyenne et de co-construction.
De la connaissance du territoire à la décision éclairée, une alliance opérationnelle pour votre
territoire.
➡️ Contactez les équipes UPcity et Cap Collectif pour en discuter.


