Campagne municipale participative 2026 : stratégies et retours d'expérience
- emmeline
- il y a 21 heures
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Les élections municipales de mars 2026 se dérouleront dans un contexte de défiance des citoyen·nes envers les institutions politiques. Lors du second tour des élections municipales de 2020, un nouveau record d'abstention a été enregistré : 58,4 %, selon les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur*, soit plus de 20 points de plus qu'au second tour des élections municipales de 2014. La question de la légitimité démocratique et de la participation citoyenne n'a jamais été aussi centrale.
Face à ce constat , la participation citoyenne apparaît comme une réponse concrète. En intégrant les habitant·es dès la construction du programme, les candidat·es peuvent redonner du sens à l'engagement politique. La campagne participative devient alors une opportunité d’impliquer les citoyen·nes dans la politique locale.
Pour répondre à ces questions, Cap Collectif et Décider ensemble ont organisé le 9 décembre 2025 un webinaire "Faire de la participation sa stratégie de campagne".
Réunissant environ 40 participant·es, cet événement a donné la parole à des expert·es et des candidat·es ayant déjà intégré des démarches participatives dans leur campagne : Cécile Sornin (Présidente de Décider ensemble), Cyril Lage (CEO de Cap Collectif), Sébastien Bérot (candidat à Périgny) et Bertrand Pancher (candidat à Bar-le-Duc).
Mais alors, pourquoi miser sur la participation citoyenne plutôt que sur une campagne traditionnelle ? Qu'est-ce que ça change vraiment ?
Pourquoi miser sur la participation citoyenne ?
Abstention, défiance : le constat qui impose un changement
L'éloignement croissant entre citoyen·nes et représentant·es politiques constitue l'un des défis majeurs de notre démocratie. Les citoyen·nes expriment le besoin d'un renouvellement profond des pratiques politiques, où leur parole serait véritablement prise en compte dès l'élaboration du projet de territoire.
Ce désengagement se traduit par un chiffre massif : Les abstentionnistes représentent un réservoir électoral considérable. Ce désintérêt massif pour une politique perçue comme déconnectée des réalités du quotidien constitue paradoxalement une opportunité. En proposant de nouvelles approches qui placent les citoyen·nes au cœur du processus de construction du programme, les candidat·es peuvent mobiliser ces non-votant·es et redonner du sens à l'engagement démocratique.
Face à cette situation, un besoin émerge "les décisions ne peuvent être bonnes, efficaces et acceptées que quand elles sont faites de manière transparente et inclusive avec les populations" souligne Cyril Lage durant le webinaire. La construction démocratique devient ainsi un facteur de légitimité indispensable, venant compléter la démocratie représentative traditionnelle par des démarches participatives concrètes.
Pourquoi la participation citoyenne transforme les campagnes électorales ?
Faire de la participation la stratégie de campagne, c'est transformer l'ensemble de la démarche en processus collaboratif. Il ne s'agit pas seulement de construire un programme avec les habitant·es, mais de faire de la campagne elle-même un espace d'échanges et de co-construction. Cette approche permet d'éclairer les décisions, de co-construire collectivement le projet de territoire et de mobiliser dès le début. En recueillant les contributions de toutes et tous - habitant·es, commerçant·es, jeunes, enfants via leurs parents - les candidat·es ancrent leurs propositions dans les réalités du territoire et évitent les programmes "hors sol".
Cette transformation se traduit concrètement par un changement de posture. Comme l'a parfaitement résumé Sébastien Bérot, candidat à Périgny : "Ce n'est pas mon programme, c'est le nôtre". Cette formule illustre l'appropriation collective qui s'opère lorsque les citoyen·nes voient leurs idées intégrées au programme. Il devient alors naturel de porter et défendre activement un projet auquel on a contribué. Cette mobilisation organique constitue un atout majeur pour la campagne et, au-delà, pour la gouvernance future de la collectivité.
À Périgny, le programme avant la liste : un pari gagnant
Comment Périgny a inversé la logique traditionnelle ?
À Périgny, commune de 8 980 habitant·es située dans l'agglomération de La Rochelle (180 000 habitant·es), Sébastien Bérot et son équipe ont fait le pari d'une campagne profondément participative. Leur démarche repose sur trois piliers fondamentaux : inverser la logique traditionnelle, s'inscrire dans le temps long et placer les habitant·es au cœur de la construction du projet.
Sébastien Bérot a fait un choix radical : co-construire d'abord le programme, ensuite constituer la liste. Cette inversion de la logique traditionnelle (où la tête de liste élabore son programme puis recrute son équipe) représente un véritable acte pédagogique sur le rôle de l'élu et la manière d'élaborer une campagne. "On a pris le pari de dire : on construit d'abord le quoi, avant le qui", explique-t-il.
La démarche a démarré dès 2023, soit trois ans avant les élections de 2026. Cette temporalité longue répond à une philosophie claire : il ne s'agit pas seulement de préparer une campagne, mais de mener un travail de fond pour la citoyenneté au quotidien, bien au-delà du seul objectif électoral. Comme l'a souligné Cécile Sornin : "D'avoir donné du temps au temps, d'être reparti de zéro, d'expliquer, de revenir... Je pense que ce travail au long cours est particulièrement riche".
Ateliers et publics ciblés : la méthode Périgny
Les ateliers en présentiel constituent le cœur de la démarche. Organisés sur différentes thématiques, ces moments d'échange et de co-construction privilégient la convivialité.
Sébastien Bérot insiste sur l'importance de se retrouver dans un cadre convivial, rappelant que "c'est peut-être là la meilleure façon d'être participatif et collaboratif". Cette dimension humaine facilite la prise de parole et les échanges authentiques.
Pour toucher tous les publics, l'équipe a développé des formats adaptés à différents profils d'habitant·es :
Enfance : Pour recueillir la parole des enfants, l'équipe a organisé des ateliers indirects via les parents et grands-parents. La méthode utilisée, inspirée de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), consiste à replonger les adultes dans leurs émotions d'enfant par des souvenirs sonores et visuels. "On a fait revivre aux participant·es ce qu'est l'enfance, pour qu'ils puissent mieux exprimer la vision qu'ont les enfants aujourd'hui", explique Sébastien Bérot.
Commerçants : Des ateliers dédiés ont permis d'intégrer les préoccupations des actrices et acteurs économiques locaux.
Jeunes : L'implication des nouvelles générations a fait l'objet d'une attention particulière pour garantir la diversité des perspectives.

Quels résultats après 3 ans de participation ?
Les effets de la démarche sont tangibles. Sébastien Bérot raconte l'exemple d'une personne venue par bouche-à-oreille, invitée par sa voisine qui avait participé à un atelier. Cette personne, qui il y a un an n'envisageait absolument pas de s'engager, a progressivement compris que "ce qui avait été donné, elle le retrouvait" dans le programme restitué. De contributrice, elle est devenue candidate potentielle : "Maintenant elle se dit : ce programme, en fait, c'est le mien, c'est le nôtre. Je suis prête à le porter".
La liste n'est pas encore définitivement arrêtée, mais l'équipe est motivée et engagée. Environ 30 personnes sont attendues sur la liste finale. Le processus de sélection s'est inversé : ce ne sont pas des personnalités qui ont élaboré un programme et recruté ensuite, mais des citoyen·es qui se sont emparé·es collectivement du projet et se proposent maintenant pour le porter.
La transmission organique du projet dans les cercles familiaux et de voisinage constitue un effet particulièrement puissant. Cette pédagogie induite crée une énergie collective qui dépasse largement le cadre des participant·es directs.
À Lomme, 35 candidat·es et une plateforme pour impliquer tous les habitant·es
Lomme : une plateforme au cœur de la campagne
À Lomme, Olivier Caremelle a choisi de s'appuyer sur le numérique au centre de sa démarche participative pour les élections municipales 2026. Candidat avec la liste "Le choix de Lomme", composée de 35 candidat·es issu·es de tous les quartiers de la ville, il s'appuie principalement sur une plateforme participative de Cap Collectif : oliviercaremelle2026.fr.
Cette approche permet de toucher un public large et diversifié tout en s'inscrivant dans une continuité : la ville de Lomme pratique déjà la participation citoyenne depuis 2020, avec notamment des budgets participatifs et diverses consultations.
L'objectif est clair : co-construire le programme municipal du prochain mandat en permettant aux citoyen·nes de proposer des idées et de donner leur avis.
Une plateforme, trois usages : de la proposition d’idée à l'engagement sur le terrain
Déposer ses idées pour enrichir le programme
L'ambition première de ce projet participatif est d'enrichir le programme municipal en permettant à chaque citoyen·ne de contribuer concrètement au projet de la ville.
Les objectifs sont doubles : recueillir des propositions concrètes selon les thématiques du candidat (justice sociale, transitions, solidarité, valeurs républicaines) et créer un espace de débat ouvert et respectueux entre citoyen·nes.
Concrètement, les citoyen·nes déposent leurs idées sous forme de propositions structurées. Ils peuvent ensuite voter sur les propositions des autres avec trois options : "D'accord", "Mitigé" ou "Pas d'accord". Chaque proposition peut être commentée et débattue, dans un cadre défini qui respecte les valeurs républicaines et les compétences municipales. Une modération est assurée pour garantir des échanges respectueux entre participants.

Répondre à des questionnaires thématiques
L'ambition de ce module est de recueillir l'avis des citoyen·nes sur des thématiques précises afin de guider l'action politique par la compréhension fine des attentes et priorités.
Les objectifs visent à mesurer les priorités des habitant·es sur des sujets identifiés, obtenir des données quantitatives et qualitatives exploitables, et faciliter la participation pour celles et ceux qui préfèrent répondre à des questions plutôt que de proposer librement des idées.
Actuellement, deux questionnaires thématiques sont en ligne portant sur "ville festive et animée" et "amélioration du cadre de vie". Le format accessible permet de répondre à des questions structurées, avec le message clair : "Parce que votre avis compte".

S'engager activement dans la campagne
L'ambition est de créer une dynamique collective autour du projet et de fédérer une communauté engagée et informée.
Les objectifs sont multiples : recruter des soutiens et des militant*·es pour la campagne, informer les citoyen·nes de l'avancement de la démarche, créer un lien continu entre le candidat et les habitant·*es, et valoriser le bilan du mandat en cours.
La plateforme propose plusieurs outils d'engagement :
Un formulaire "Rejoindre le comité de soutien" pour devenir soutien officiel de la campagne
Un formulaire "Rejoindre la campagne" pour s'engager activement dans les actions de terrain

Des outils d'information complètent le dispositif :
Un blog "Actualités de la campagne" permet de suivre les événements, réunions publiques et temps forts
Une section informative présente l'équipe de candidats
Le bilan du mandat 2020-2026 détaille les actions concrètes réalisées
3 défis à relever pour une campagne vraiment participative
Défi n°1 : Restituer fidèlement la parole citoyenne
Comme l'a souligné Sébastien Bérot : "On écoute, c'est bien, mais il faut aussi que ce qui a été écouté, entendu, on arrive à se retrouver dedans lorsqu'on le restitue". Le traitement et la synthèse des contributions représentent un enjeu majeur. La restitution doit être transparente et fidèle aux habitant·es pour permettre la reconnaissance de leurs apports dans le programme final. C'est cette reconnaissance qui permet l'appropriation collective et l'engagement durable.
Défi n°2 : Échapper aux programmes standardisés
Cécile Sornin a soulevé un risque émergent : avec l'intelligence artificielle, "on risque d'avoir en effet le même genre de programmes, les mêmes mots". Dans un contexte où de nombreuses listes participatives verront le jour, la nécessité de faire émerger la spécificité du territoire devient cruciale. L'enjeu est de passer de la quantité à la qualité des contributions, de faire en sorte que "derrière le nombre, la quantité, on fasse advenir de la qualité". C'est là que les démarches et outils présentés lors du webinaire prennent tout leur sens : permettre un véritable travail de fond plutôt qu'une participation de façade.
Défi n°3 : Mobiliser sur plusieurs mois sans essoufflement
La démarche au long cours pose la question de la motivation dans le temps. Comment garder l'engagement des participant*·*es sur plusieurs mois, voire plusieurs années ? Comment éviter l'essoufflement et le désengagement ? La réponse réside dans l'adaptation du rythme selon les ressources disponibles et dans la capacité à montrer régulièrement que les contributions ont un impact réel sur le programme en construction.
Le webinaire du 9 décembre 2025 a démontré que la participation citoyenne n'est pas qu'un simple outil de campagne, mais constitue une véritable méthode de gouvernance qui peut transformer en profondeur la relation entre élu*·es et citoyen·*nes.
Vous souhaitez lancer une démarche participative pour votre campagne municipale 2026 ?
Cap Collectif propose un accompagnement à la fois méthodologique et technique pour vous aider à construire votre projet avec les habitant·es de votre territoire !
La démocratie locale se réinvente. Les élections municipales de 2026 peuvent être l'occasion de renouveler la façon de faire de la politique au plus près des citoyen·nes.
À vous de jouer !
*Source : Au second tour des élections municipales 2020, abstention record et percée écologiste l Le Monde l 29 juin 2020
