Comment évaluer sa démarche participative ? Retours d'expérience de Dijon et de l'Ille-et-Vilaine
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Vous lancez des démarches participatives. Mais est-ce que vous les évaluez ?
On lance. On anime. On compte les participants. Et puis… on passe à la suite. Dans beaucoup de collectivités, l'évaluation des démarches participatives reste la grande oubliée du processus.
Pourtant, sans évaluation, comment savoir si vos projets participatifs génèrent vraiment de l'engagement ? Si vos concertations touchent les bons publics ? Si le dispositif que vous avez mis en place depuis dix ans mérite d'être reconduit tel quel ou profondément repensé ?
"On avait un dispositif qui existait depuis 2008. On ne l'avait jamais évalué. C'était devenu un système plutôt pervers que vertueux." — Christelle Malet, Ville de Dijon
C'est précisément pour répondre à ces questions que Cap Collectif a réuni, lors d'un webinaire, deux collectivités qui ont sauté le pas : la Ville de Dijon, le Département d'Ille-et-Vilaine. Voici ce qu'elles ont appris.
Pourquoi évaluer sa démarche participative ? (Et pourquoi maintenant ?)
L'évaluation n'est pas un luxe réservé aux grandes collectivités dotées de grandes équipes. C'est un levier concret pour améliorer sa méthodologie, mieux engager les citoyennes et les citoyens sur le long terme, et démontrer la légitimité de ses actions participatives.
Trois raisons poussent généralement les collectivités à franchir le pas :
Une volonté d'aller plus loin : passer d'un dispositif qui "tourne" à un dispositif qui transforme vraiment les pratiques décisionnelles.
Un dispositif qui s'essouffle : baisse de participation, projets qui s'accumulent sans être réalisés, perte de sens pour les habitant·es comme pour les agent·es.
Un changement de contexte : nouvelles instances, renouvellement d'un conseil participatif, pression budgétaire, demande politique de bilan.
À Dijon, c'est l'accumulation de projets non réalisés et le désengagement progressif des habitant·es qui ont déclenché l'évaluation. En Ille-et-Vilaine, la logique était différente : une première édition de budget participatif venait de se clôturer, et le département voulait tirer les leçons avant d'envisager la suite.
Deux approches très différentes pour évaluer : interne ou externalisée ?
Le premier choix à faire quand on souhaite évaluer de sa démarche participative, c'est de savoir qui la conduit. Interne ou externalisée ? Les deux approches présentées lors du webinaire illustrent parfaitement les avantages et les contraintes de chaque option.
Dijon : une évaluation conduite en interne
La Ville de Dijon a choisi de mener son évaluation avec ses propres équipes : le service d'évaluation des politiques publiques, la chargée d'ingénierie de la participation citoyenne, et un stagiaire. Un choix assumé, avec une méthode rigoureuse.
La méthode a combiné trois axes complémentaires :
Un axe quantitatif : un questionnaire diffusé via la plateforme Cap Collectif et les canaux de communication de la ville, qui a généré 1 127 réponses analysées.
Un axe qualitatif : 9 entretiens de groupe avec les membres des ateliers de quartier (citoyennes et citoyens, associations, acteurs et actrices économiques, élu·es), soit 44 personnes rencontrées sur des sessions de 45 min à 2h.
Des focus groups : 3 sessions de 3h mêlant tous les profils pour co-construire les axes de recommandations avec les parties prenantes.
"On cherche souvent à avoir une représentativité poussée. En réalité, c'est hyper compliqué. Ce qui compte, c'est d'avoir un large panel avec des profils intéressants." — Hélène Gallo, Ville de Dijon
Avantage de cette approche : une connaissance fine du terrain, un coût maîtrisé, et une appropriation plus forte des résultats par les équipes. La limite : la charge de travail conséquente sur des agent·es déjà mobilisés sur d'autres sujets.
Ille-et-Vilaine : une évaluation externalisée avec un cabinet spécialisé
Le Département d'Ille-et-Vilaine a opté pour une évaluation confiée à un cabinet externe, Temo, dans le cadre d'un marché existant. Une approche structurée, couvrant à la fois le sens du dispositif, sa mécanique et son organisation interne.
L'évaluation a répondu à trois grandes questions :
Le budget participatif favorise-t-il réellement la participation citoyenne ?
Renouvelle-t-il la conduite de l'action publique, y compris en interne ?
Fonctionne-t-il de façon efficiente ?
La méthode a inclus 62 entretiens semi-directifs (porteuses et porteurs de projets, communes, services internes, élu·es de la majorité et de la minorité), un sondage auprès des habitant·es, et deux ateliers de travail pour envisager les suites.
Résultat : une restitution très appréciée par les élu·es comme par les agent·es, avec des données argumentées qui ont facilité la prise de décision. Et une transparence saluée, y compris sur les points de friction.
Ce que les évaluations ont vraiment révélé
Les deux collectivités ont livré des données concrètes qui illustrent bien les défis communs à beaucoup de démarches participatives.
Principaux enseignements de la ville de Dijon :
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Principaux enseignements du département de l'Ille-et-Vilaine :
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À Avignon, une balade évaluative à vélo qui change tout
Lors du webinaire, la Ville d'Avignon a partagé spontanément une approche originale : une démarche évaluative en marchant et en roulant à vélo dans la ville.
Concrètement, une vingtaine de personnes (porteuses et porteurs de projets, citoyennes et citoyens volontaires, agent·es , DGA et élu·es) ont déambulé ensemble dans les quartiers pour évaluer in situ les projets réalisés dans le cadre du budget participatif.
L'objectif : comprendre ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et recueillir les envies des habitant·es pour la suite.
"Ça a permis de faire de la pédagogie auprès des citoyennes et citoyens, et (ils) nous ont dit qu'ils voulaient encore plus être impliqués dans le processus. On a eu des trous dans la raquette qu'on n'aurait pas vus autrement." — Céline Marano, Ville d'Avignon
Une des conclusions directes de cette démarche : introduire des citoyennes et citoyens dans le comité de pilotage pour la sélection des projets. Une évolution qui a profondément renforcé la légitimité du processus démocratique.
La méthode demande une vraie organisation logistique. Mais elle offre quelque chose que peu d'autres approches permettent : une expérience partagée, incarnée, qui crée de l'adhésion et de la compréhension mutuelle entre tous les actrices et acteurs.
5 recommandations concrètes issues de ces évaluations
Voici les enseignements les plus actionnables suite aux évaluations, synthétisés à partir des deux expériences :
1. Définir le périmètre du pouvoir d'agir avant de lancer
C'est le préalable indispensable selon Dijon. Qu'attendez-vous vraiment des citoyennes et citoyens ? Qu'ils proposent la couleur d'un banc, ou qu'ils soient co-acteurs de la réalisation ? La clarté sur ce point change tout à l'engagement et à la satisfaction.
2. Limiter le nombre de projets retenus pour pouvoir les réaliser
À Dijon, l'absence de critères clairs conduisait à retenir 10, 12 projets par quartier. La recommandation : 3 à 4 projets maximum, pour des réalisations effectives dans les deux
ans. Un engagement crédible vaut mieux que des promesses non tenues.
3. Accompagner les porteurs et les porteuses de projets tout au long du processus
En Ille-et-Vilaine, l'absence d'accompagnement a provoqué une "évaporation" des citoyennes et citoyens au profit des associations mieux structurées. Prévoir un appui de la phase de dépôt jusqu'à la réalisation est une condition de l'équité participative.
4. Communiquer différemment, pas seulement plus
150 000 € de communication en Ille-et-Vilaine, et seulement 16% des habitant·es sondés avaient connaissance du dispositif. Le volume ne suffit pas : il faut aller chercher les publics éloignés, notamment dans les quartiers prioritaires, avec des approches adaptées comme la démarche du "aller-vers".
5. Évaluer le dispositif, pas seulement les projets
L'évaluation de l'impact d'un projet individuel est utile, mais c'est l'évaluation du dispositif dans sa globalité qui permet de vraiment changer de paradigme. Questionner le sens, la pertinence, l'efficience et les effets sur la culture de participation en interne comme en externe.
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